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3605

En caravane, allons à la cabane.
Oh et ho!
On n’est jamais de trop pour goûter au sirop.
Pour goûter au sirop d’éra-a-ble!

 

C’était la chanson de l’abbé Gadbois, de la Bonne Chanson que l’on chantait en se rendant à la cabane à sucre chez mon grand-père Elie. Il arrivait que j’apporte mon accordéon pour accompagner ces joyeux gais lurons en se dirigeant à ce rendez-vous annuel que nous fixait mon grand-père. 

Mon grand-père, quel personnage. Ce matin-là, il arrivait assez tôt pour commencer à faire bouillir afin qu’il y ait un peu de réduit à notre arrivée. Une bonne attisée réchauffait la cabane et, en arrivant, on voyait déjà la vapeur qui sortait du toit, qu’il avait ouvert tout grand, afin qu’on réussisse à se voir. Et là les conseils d’usage nous étaient donnés : « attention de ne pas vous brûler, ne pas trop s’approcher du feu, vous pourrez boire du réduit. »  Les tasses de ma grand-mère étaient placées sur une petite table près de la fenêtre. « Vous pouvez en prendre tout de suite, attention c’est très chaud! Dès que vous aurez fini, nous partirons avec oncle Jacques pour aller ramasser l’eau. » Quelle aventure!

C’est le cheval de mon grand-père qui était attelé sur un traîneau avec la tonne, un gros réservoir en bois muni d’une ouverture sur le dessus. Nous vidions l’eau par cette ouverture où un couloir en jute filtrait les saletés avant de se vider dans la tonne…. Imaginez, j’avais à peine 8 ou 9 ans, et je passais d’un érable à l’autre pour vider dans une chaudière qui était disproportionnée à la hauteur que je faisais. Et puis, il y avait beaucoup de neige, il arrivait que je renverse un peu d’eau car j’enfonçais dans la neige. Comme j’allais vider ma chaudière dans le gros réservoir, une chance que mon oncle Jacques m’aidait à la monter et la vider. J’attendais que ma chaudière soit assez pleine avant d’aller la vider, plus le temps passait, je l’emplissais de moins en moins, le ti-gars commençait à être fatigué… une chance qu’il y avait mes cousins et cousines, nous étions huit pour la tournée et, à la fin de l’avant-midi, je commençais à ralentir. « Un autre petit effort, on achève », disait mon oncle et « hourra », on peut monter sur la voiture tirée par Rosée (jument de mon grand-père) et reprendre la direction de la cabane. En arrivant, nous prenions l’eau recueillie pour la transvider dans un autre réservoir qui se rendait à l’évaporateur.

Et là, mon grand-père était heureux de nous voir revenir. Il avait hâte de voir quelle quantité nous avions ramassée. Et là c’était notre paie. Il avait préparé des œufs dans le sirop, hum! Quel délice! Et puis, ma grand-mère avait fait cuire une chaudronnée de « beans » pis du bon pain de ménage avec beaucoup de beurre. Je ne vous apprends rien en vous disant que ça rentrait allègrement. Comme liquide il y avait le réduit, qui avait augmenté depuis notre départ. Puis grand-père annonce qu’il avait préparé des crêpes, on commençait à être assez pleins, assez que les crêpes n’ont pas connu un gros succès. C’était tellement délicieux.

J’ai aujourd’hui 75 ans, quand je pense à ces moments, une certaine nostalgie s’installe en moi. J’aurais aimé que mes enfants vivent ces joyeux rassemblements, ces moments de famille que je garde dans mon cœur et je m’engage à leur raconter et un peu leur faire revivre en paroles ces riches instants que j’ai vécus.

Je veux ici, rendre hommage à mon grand-père Elie, ma grand-mère Yvonne et oncle Jacques qui nous ont quittés l’an passé, ils avaient plus de 80 ans.

 

Jean Lavoie, résident et membre du comité de résidents aux Jardins de la Cité, et membre du comité de travail du projet de recherche-action Concevoir, développer, implanter et évaluer un jeu sérieux visant à prévenir et contrer l’intimidation dans les résidences privées pour aînés.