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3605

À l’épilogue de leur vie professionnelle, les personnes aînées tendent à investir davantage la sphère relationnelle plus particulièrement la famille et le couple (Riley, 1985). N’ayant plus d’obligation professionnelle, ils peuvent partager plus de temps, de loisirs et de moments avec leur partenaire de vie. Une étude montre d’ailleurs que le conjoint ou la conjointe représente souvent pour les couples aînés la personne la plus significative de leur entourage. Le partenaire de vie sera celui à qui il se confie, partage des activités, planifie des projets et offre du soutien (Gauvreau et Lapierre, 2017). La vie de couple est très prisée des aînés. Il faut dire que ce mode de vie présente l’avantage d’augmenter les chances de vivre en meilleure santé et plus longuement (Kinsella et Philips, 2005). D’ailleurs, les trois quarts des hommes aînés et près de la moitié des femmes aînées déclarent vivre en couple selon le recensement de 2011, une hausse selon les derniers recensements (Milan, Wong et Vézina, 2014). Toutefois, tout comme les autres cohortes d’âges, le divorce et les séparations sont en hausse chez les couples aînés donnant lieu à des secondes unions (Milan et al., 2014). Toutefois, la majorité des aînés n’ont connu qu’une seule union stable dans ce groupe d’âge (77 % des personnes âgées de 65 ans et plus et 67 % des futurs aînés, âgés de 55 à 64 ans) (Milan et al., 2014).

La vie conjugale des aînés se distingue des adultes du mitan (40-65 ans) et du jeune adulte (20-40 ans). Si on regarde du côté de la satisfaction conjugale, les chercheurs ne sont pas unanimes quant à la satisfaction des couples aînés. Alors que certaines études montrent que la satisfaction conjugale est à la hausse à cette période de la vie notamment à cause de l’absence de stresseurs liés à la vie professionnelle présents dans les deux autres périodes de l’âge adulte (De Lamater, Hyde et Fong, 2008 ; Orathinkal et Vansteenwegen, 2007 ; Trudel, Turgeon et Piché, 2000), d’autres trouvent que cette augmentation se produirait plutôt chez les adultes du mitan et correspondraient au départ des enfants de la maison, laissant du temps au couple pour se retrouver comme amoureux (Spanier, Sauer et Larzelere, 1979). Plus contradictoires, des études arrivent plutôt au constat que la satisfaction des couples aînés diminue (Trudel, 2002). La vie à deux à cette période est parfois parsemée d’embûches et de nouveaux défis qui pourraient contribuer à la fluctuation de la satisfaction conjugale : prise de la retraite, ennuis de santé, vie en résidence, séparation ou mort du conjoint (Bulanda, 2011 ; Robb, Small et Haley, 2008). Au niveau de la durée de la vie conjugale, les couples aînés montrent une plus longue durée et une plus grande stabilité de leur union que ceux des deux autres groupes d’adultes. Les couples qui ont réussi à accumuler les années ont en commun d’avoir développé des attitudes envers leur conjoint de respect, de réciprocité, de soutien et d’intimité (Kulik, 2002 ; Landis, Peter-Wignt, Martin et Bodenmann, 2013) moins présentes chez les couples qui ont mis fin à leur union. De plus, ces couples présenteraient moins de conflits que les couples des jeunes adultes (Levenson, Carstensen et Gottman, 1993). De plus, les stratégies utilisées pour les résoudre contiendraient moins d’hostilité (Gottman et Levenson, 2000). En effet, une étude montre que les couples qui se querellent de façon régulière déclarent être davantage anxieux et déprimés tandis que ceux qui avaient une fréquence faible de conflit possédaient une meilleure estime de soi et une plus grande satisfaction (Whisman, Uebelacker, Tolejko, Chatav et McKelvie., 2006). Leur expérience de vie en couple avec un partenaire stable leur aurait également appris une meilleure gestion de leurs émotions et une communication plus adéquate au partenaire de celles-ci (Gottman et Levenson, 2000), deux habiletés favorisant une saine gestion des conflits. La sexualité présente aussi des particularités chez les couples aînés. Celle-ci demeure toujours présente malgré ce qu’on pourrait croire. Les études rapportent qu’entre la moitié et les trois quarts des aînés de 60 à 69 ans et le quart des 70 ans et plus mentionnent être toujours actifs sexuellement (Wallach, 2013). Le maintien d’une sexualité active aurait été associé à une espérance de vie plus grande, à une meilleure santé, à un retard du processus de vieillissement, à un sentiment de bien-être, à un lien durable entre les partenaires, à une meilleure intimité, et à une augmentation de la qualité de leur relation à long terme (Weeks, 2002). Le désir sexuel serait toujours présent chez les partenaires des couples aînés. Toutefois, l’expression de ce désir se modulerait différemment (DeLamater et Still, 2005 ; Trudel et Goldfarb, 2006). En effet, les relations coïtales ont tendance à diminuer alors que la sexualité non génitale augmente chez ces couples (Trudel et Goldfarb, 2006) favorisant la tendresse et l’affection. Cette dimension du couple est tellement importante à cette période que Sankar (1999) rapporte dans son étude que le tiers des couples dont l’un des partenaires est en phase terminale ont eu des relations sexuelles jusqu’à quelques semaines avant la mort du partenaire atteint. C’est dire à quel point, cette proximité est fortement associée à la qualité de la relation et à l’intimité de ces couples.

En conclusions, les aînés investissent leur vie conjugale et elle représente une priorité pour plusieurs d’entre eux. Ils jouissent pour la grande majorité d’une vie de couple épanouie, de moments de forte complicité et de tendresse avec leur partenaire, sans oublier une promiscuité sexuelle bien présente. Bref, ils ont le temps de s’aimer.

 

Carmen Lemelin, Ph. D., Chercheure au CCEG | CCTT-PSN et professeure de psychologie au Cégep de Drummondville

 

Liste de références

Bulanda, J.R. (2011). Gender marital power, and marital quality in later life. Journal of women and aging, 23(1), 3-22.

De Lamater, J.D., Hyde, J. S. et Fong, M. C. (2008). Sexual satisfaction in the seventh decade of life. Journal of sex and marital therapy, 34 (5), 439-454.

DeLamater, J.D. et Still, M. (2005). Sexual desire in later life. Journal of sex research, 42(2), 138-149.

Gauvreau, M. et Lapierre, S. (2017). Regard sur le couple âgé. Dans Y. Lussier, C. Bélanger et S. Sabourin (dir.), Les fondements de la psychologie du couple (p.311-336). Québec : Presse de l’Université du Québec.

Gottman, J.M. et Levenson, R.W. (2000). The timing of divorce. Predicting when a couple will divorce over 14-year period. Journal of marriage anf family, 62(3), 737-745.

Kinsella, K. et Philips, P. (2005). Global aging : The challenge for success. Population Bulletin, 1. Washington : Population reference bureau.
Kulik, L. (2002). Marital equality and the quality of long-term marriage in later life. Aging and society, 22, 459-481.

Landis, M., Peter-Wight, M., Martin, M. et Bodenmann, G. (2013). Dyadic coping and marital satisfaction of older spouses in long-term marriage. The journal of gerontopsychology and geriatric psychiatry, 26(1), 39-47.

Levenson, R.W., Carstensen, L. L. et Gottman, J.M. (1993). Long-term marriage : Age, gender and satisfaction. Psychology and aging, 8(2), 301-313.

Milan, A., Wong, I. et Vézina, M. (2014). Nouvelle tendance dans le mode de vie et la conjugalité des personnes âgées d’aujourd’hui et de demain. Regard sur la société canadienne, 75, Statistique Canada.

Orathinkal, J. et Vansteenwegen, A. (2007). Do demographics affect marital satisfaction? Journal of sex and marital therapy, 33 (1), 73-85.

Riley, M.W. (1985). Women, men, and the lengthening life course. Dans A.S. Rossi (dir.), Aging and the life course (p. 333-347). New York : Aldine.

Robb, C., Small B. et Haley, W.E. (2008). Gender differences in coping with functionnal disability in older married couples : The role of personality and social resources. Aging and mental health, 12(4), 423-433.

Sankar, A. (1999). Duing at home : A family guide for caregiving. Baltimore : Johns Hopkins University Press.

Spanier, G.B., Sauer, W. et Larzelere, R. (1979). An empirical evaluation of the family life cycle. Journal of marriage and the family therapy, 41, 27-38.

Trudel, G. (2002). Sexuality and marital life : Results of a survey. Journal of sex and marital therapy, 28(3), 229-249.

Trudel, G. et Goldfarb, M.R. (2006). L’effet de l’âge sur le répertoire et le plaisir sexuel. Sexologies, 15 (4), 266-272.

Trudel, G., Turgeon, L. et Piché, L. (2000). Marital and sexual aspects of old age. Sexual and relationships therapy, 15(4), 381-406.

Wallach, I. (2013). Des mythes sur la sexualité et le vieillissement à la non-prévention du VIH/sida auprès des aînés. Pluriâges, 4(1), p. 8-12.

Weeks, D.J. (2002). Sex for the mature adult : health, self-esteem and countering ageist stereotypes. Sexual and relationship therapy, 17 (3), 231-240.

Whisman, M.A., Uebelacker, L.A., Tolejko, N., Chatav, Y. et McKelvie, M. (2006) Marital discord and well-being in older adults : Is the association confounded by personality? Psychology and aging, 21, 626-631.