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Introduction

Au Québec sont répertoriées 1 837 résidences privées pour aînés (RPA) (JLR, 2017). Outre la location de chambres ou de logements, elles peuvent offrir divers autres services : repas, assistance personnelle, soins infirmiers, aide-domestique, sécurité ou activités de loisir. Pourtant, très peu d’études se sont intéressées à savoir si ces services répondent effectivement aux besoins des résidents.

Objectif

Cette étude de cas unique, exploratoire et qualitative, visait, entre autres, à décrire et à mieux comprendre les besoins des résidents vivant dans une RPA, autonome et semi-autonome du Centre-du-Québec, afin de mieux y répondre. Elle s’appuie sur la Théorie des besoins humains de Maslow.

Méthodologie

Des entrevues individuelles auprès de vingt-trois personnes de cette RPA — dix-huit résidents, quatre employés et une direction — et une analyse du contenu thématique mixte ont été réalisées.

Résultats

Les raisons qui ont amené les aînés à vivre dans la RPA sont les suivantes :

  • Décès de l’époux(se).
  • Sentiment de bien-être.
  • Rapprochement des membres de la famille, des enfants ou des petits-enfants.
  • Non-inquiétude des enfants.
  • Intégration sociale, contacts sociaux.
  • Influence d’amis ou de connaissances ayant pris cette décision avant eux.
  • Vieillissement et pertes physiques.
    – Perte d’autonomie chez soi ou chez le ou la conjoint(e).
    – Lourdeur de l’entretien de la maison et les efforts physiques à déployer (déléguer).

D’autres raisons sont plus en lien avec le lieu physique de la RPA :

  • Beauté de l’endroit.
  • Sensation positive lors de leur entrée dans la RPA pour la visiter, se sentir chez soi.

Extraits

« Ça fait 21 ans que mon mari est décédé. J’ai gardé la maison dix ans. Je me faisais aider, mais à un moment donné, j’ai trouvé que c’était gros. Alors, j’ai regardé les places où je pouvais aller, puis ici, ça m’a plu » (Résident 14, décès de l’époux).

« Comme j’avais des problèmes de genoux, je ne pouvais pas aller dans un appartement où il y avait seulement des escaliers. Moi, monter mes sacs d’épicerie dans un escalier, ça ne marchait pas. (…) Je devais m’avouer moins en forme, plus vieille, puis bon, je venais de prendre une grosse descente dans les barreaux de l’échelle. Oui, c’était m’avouer que j’étais moins en forme, que j’étais moins jeune. (…). Oui, ça me sécurise. Même s’ils ne sont pas dans mon appartement [les autres résidents], je me sens moins seule » (Résident 1, perte d’autonomie, intégration sociale).

« Là, ils en ont une troisième de deux ans et demi. Quand j’ai su qu’à 37 ans elle était enceinte d’un troisième enfant, là ça, ça fait déménager une grand-mère! » (Résident 2, rapprochement des enfants).

« Quand je suis arrivée ici, je suis entrée, puis j’étais chez nous. C’était ma demeure maintenant, puis j’adore ça! » (Résident 2, sensation positive lors de l’entrée en RPA).

Les besoins des résidents au sein de la RPA

Ont été rapportés des besoins physiologiques, en lien avec :

  • Les repas

– S’adapter à la nourriture, goût, texture et visuel de l’assiette.

– Pouvoir choisir des repas santé et équilibrés.

– Avoir plus de serveuses, pour être servi plus rapidement.

– Améliorer le fonctionnement des cartes de repas mensuels, pour ne pas perdre ceux qui ont été payés, mais qui n’ont pas été pris.

– Grossir les écritures dans les menus, pour pouvoir bien les lire.

  • Le divertissement

– Pouvoir participer à des activités adaptées à sa condition physique ou cognitive, selon l’évolution de la perte d’autonomie.

– Pouvoir participer à des activités physiques pour être actif le plus longtemps possible.

– Rendre accessibles, en matière de coûts, les voyages organisés à l’extérieur de la RPA, pour y prendre part.

  • Le déplacement

Que la RPA acquière une auto électrique pour pouvoir l’emprunter selon ses besoins.

  • La santé

– D’avoir une infirmière disponible en tout temps dans la RPA.

– De mieux comprendre l’offre de services de l’infirmière auxiliaire, ainsi que ses limites (en lien avec la perte d’autonomie) et ses coûts.

– D’être évalué au moment de son entrée en RPA (état de santé) pour mettre en place des services.

– D’avoir un mécanisme de suivi de son état de santé : un pour voir si tout va bien (ex. : isolement), et un pour les suivis de consultation, pour que la RPA puisse faire de la prévention ou mieux intervenir en cas d’urgence.

– De pouvoir demander de l’aide abordable en contexte de proche aidance, et de trouver des solutions pour ne pas être obligés de se séparer du conjoint (ex. : relocalisation).

– D’avoir accès à des services psychosociaux au sein de la RPA, pour mieux vivre ses deuils.

Extraits

« Ma première préoccupation, c’est qu’on a 60 repas, puis s’il y a une semaine qu’un de nous est à l’hôpital, bien nos repas ne marchent pas. Ces repas-là sont payés. Si quelqu’un vient rester avec ma femme parce que moi je suis à l’hôpital, cette personne ne peut pas prendre mes repas. La personne doit payer 15 $ du repas. (…) Il y en a qui me dise : « Chez nous, si on ne les prend pas [les repas], ils nous les transfèrent pour le mois suivant ». J’aimerais ça moi aussi. Ici, si tu es parti une semaine bien tu les perds » (Résident 8, fonctionnement des cartes de repas mensuels).

« Ils [les résidents et proches] prennent pour acquis qu’il y a des soins, qu’il y a des infirmières. Mais ce n’est pas comme ça que ça fonctionne. Il y a des frais d’attachés aux services qu’on donne. Il y a une limite au service qu’on peut offrir » (Employé 3, coûts et limites des services offerts par l’infirmière auxiliaire).

« Ils en ont trouvé une [résidente], une fois, ça faisait trois jours qu’elle était décédée » (Résident 11, mécanisme de suivi de l’état de santé).

« Ici, il y aurait un besoin d’une vraie infirmière [et non pas une infirmière auxiliaire] » (Résident 10, présence d’une infirmière en tout temps).

« Maintenant, on peut moins le laisser seul, et puis, si j’ai des commissions à faire, bien sa fille vient me chercher, puis on va y aller quand qu’il va faire son dodo. Moi, ici, je trouve que c’est ça qui manque. On aurait besoin d’un répit ou seulement d’avoir quelqu’un qui est là si jamais tu as affaire à sortir, quelqu’un pour rester avec lui » (Résident 7, présence surveillance abordable ou bénévole en contexte de proche aidance).

Ont été rapportés des besoins de sécurité, en lien avec :

• Le budget

– De savoir gérer son budget pour pouvoir payer le montant du loyer, prévoir les augmentations annuelles, payer les services à la carte, et pouvoir demeurer le plus longtemps possible à la RPA.

– D’être bien informé au moment de la location des différents coûts des appartements.

• La santé

– De mieux comprendre les maladies dégénératives pour éviter les situations préjudiciables (ex. : vols), et se sentir en sécurité.

• Le matériel/technique

– D’ajouter des rampes dans les corridors.
– D’être protégé contre les appels frauduleux.

• La confidentialité

– De pouvoir faire des demandes confidentielles à l’administration et des demandes anonymes au comité de résidents.

• Les instances pour faire des demandes (administration, comités de résidents)

– Que les demandes soient traitées — transmises, puis répondues.
– D’avoir une ouverture de la part de l’administration, une confiance.
– De mieux connaître le rôle du comité de résidents.

Extraits

« Il y a beaucoup d’inquiétudes, ici, sur leur budget. Il y a une augmentation annuelle, de 18 à 25 $ par mois, selon la grandeur de l’appartement. Il y a des personnes, elles sont rares, mais il y en a quelques-unes que j’ai côtoyées, puis elles me disent : « je ne pourrai plus rester ici, moi, si ça continue à monter » (Résident 14, savoir gérer son budget).

« J’ai déjà parlé des choses de lavage. J’ai rapporté que l’eau froide prend beaucoup de temps à entrer dans la laveuse. Ils ont dit [l’administration] que c’était seulement un tuyau en arrière. Sauf que ça l’a été réparé la journée même » (Résident 6, avoir une instance pour faire des demandes).

« Ce que j’entends, c’est des gens qui pensent qui sont volés par l’entretien ménagé. Mais là, la vie a fait en sorte que ce n’est pas parce qu’ils se font voler, c’est parce qu’on s’aperçoit qu’ils commencent à avoir des pertes cognitives. Ils ne se souviennent plus où ils ont mis leur clé. Ils ne se souviennent plus où ils ont mis leur portefeuille. Dans ce temps-là, bien, c’est volé. Honnêtement, au niveau de la sécurité des appartements, c’est que ça, que j’ai entendu. Après investigation, tu t’aperçois que ce n’est pas fondé du tout, c’est juste une perte cognitive qui s’installe puis, ils dénoncent (…). Les gens, d’abord, tu ne peux pas arriver chez quelqu’un si tu n’es pas invité à y aller, d’un. On ne peut pas arriver spontanément, ça fait partie des règlements. Un dégât d’eau ou un feu fait que quelqu’un peut entrer sans permission. Pour une situation d’urgence. Puis c’est respecté, puis les gens disent que ce sont des choses qu’ils apprécient. C’est plus des cas qui ne sont pas réels en fait qui sont manifestés » (Employé 4, mieux comprendre les maladies dégénératives).

Ont été rapportés des besoins d’affection, d’amour et d’appartenance, en lien avec :

• L’acceptation

– D’aider les nouveaux résidents à s’intégrer.
– De mieux connaître le comité d’accueil et son fonctionnement.
– S’adapter à la vie en résidence, en communauté.
– Contrer le commérage, les conflits, ainsi que la solitude.

• L’amour

– De trouver l’amour, parfois dans la spiritualité.
– De contrer la jalousie.

Extraits

« Pour moi, tout va bien. Il y en a que ça va moins bien parce qu’ils sont gênés. Un commentaire que j’ai eu un moment donné c’était : « nous on vient d’arriver et on est gênés, puis ceux que ça fait longtemps qui sont ici ne viennent pas vers nous ». Ça, ça serait une chose à améliorer. Que les anciennes personnes, on aille au-devant des autres » (Résident 6, intégration des nouveaux résidents).

« Oui, je vais à la messe et on a des tannantes de belles messes. Le prêtre, il parle dans des mots qu’on comprend. Puis, il la prépare beaucoup. Il dit, des fois : « je travaille 4 heures pour préparer la messe ». En tout cas, il nous enrichit. On a une belle messe enrichissante. Il nous fait comprendre tout l’amour que le seigneur a pour nous et qu’est-ce qu’il déploie. Il s’agit juste de lui demander. Ouvre ton cœur et accueille-le dans ton cœur. Puis là, c’est comme une marche. Si tu t’en vas dans le chemin les yeux fermés, tu ne feras pas très longtemps, mais si tu as le Seigneur à côté de toi, tu vas avoir de la lumière et tu vas suivre ton chemin. Puis, quand que je pars, je demande toujours au Seigneur qu’il vienne avec moi » (Résident 9, trouver l’amour dans la spiritualité).

« Je sais qu’on a un comité d’accueil, sauf que ce n’est pas fort. (…). Le comité d’accueil, j’ai su qu’on avait ça, mais je ne suis pas au courant de rien » (Résident 6, connaître le comité d’accueil).

Ont aussi été rapportés des besoins d’estime et d’accomplissement, en lien avec :

• Le standing

– D’avoir un standing, ce qui est parfois voulu par les enfants, malgré l’état de santé du parent (déni des pertes et des besoins).

• La considération et le respect

– De se sentir respecté et considéré par les différentes catégories de personnels et les autres résidents.
– De prendre en charge des activités, de venir en aide à des résidents en difficulté, de faire des tâches pour lesquelles ils sont rémunérés, de siéger à des comités, etc.
– D’être exposés, valorisés publiquement (ex. indiquer les anniversaires sur les télés, ou identifier les noms des gagnants des tournois), bien que pour d’autres, cela n’est pas un besoin.
– De participer à des activités de reconnaissance des bénévoles.

Extraits

« Moi, parce que je travaille dans différents milieux, je peux les comparer. Des gens, dans des résidences où les gens sont en perte d’autonomie, là les gens ont des besoins. Ils ont besoin d’encadrement, ils ont besoin d’aide au bain, ils ont besoin qu’on fasse leurs repas. Mais [à cette RPA], ce n’est pas tant ça. Les gens veulent un standing de vie. (…) Nous ont payent assez cher pour habiter ici, on demande, on veut recevoir. Je généralise beaucoup là » (Direction 1, avoir un standing).

« Il faut que les gens s’épanouissent pour être heureux. Qu’est-ce qu’on veut? On veut des résidents heureux. Mais pour être heureux, il faut avoir un minimum d’estime de soi. On a des résidents qui ont pris en charge certaines activités. Parce que si on a autant d’activités, c’est à cause que les résidents s’impliquent beaucoup. C’est de prendre en charge les activités. Il y a des résidents qui s’entraident entre eux : « ah, madame une telle est toute seule. Elle commence à n’en reperdre un peu. Je vais aller la chercher, on va faire nos commissions ensemble. Ça fait que ça, c’est bon pour… Nous on ne s’immiscera pas là-dedans, tant que c’est sain. Il faut que ça reste sain là, on s’entend là » (Direction1, prendre en charge des activités, venir en aide à des résidents en difficultés).

« Je suis presque fatigante avec ma famille, parce que je leur dis toujours : « Je ne comprends pas comment ils peuvent faire autant de choses pour les résidents ». C’est vraiment sincère. J’ai de la misère à réaliser comment ils peuvent être aussi attentifs pour autant de personnes » (Résident 1, se sentir respecté et considéré).

Conclusion

Ces résultats contribuent à l’amélioration des services offerts par les RPA du Québec, afin qu’ils puissent être mieux adaptés aux besoins des aînés.

Référence

JLR (2017). Rapport sur le marché des résidences de personnes âgées. Montréal : JLR.