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L’automne est là…

J’ai 75 ans et je suis heureux de vivre un nouvel automne… Cette saison revêt plusieurs défis et demande une certaine adaptation. Le jardin a été généreux et les réserves pour l’hiver deviennent importantes à réaliser. Je pense aux ketchups, aux confitures, aux réserves de légumes qu’on va placer dans le caveau. Je vois ma mère qui se lève tôt et qui avise toute la maisonnée que ça sera la journée du ketchup aux fruits. Il faut donc voir ce dont on aura besoin pour réaliser ce mets : les pommes, les poires, les carottes, les oignons, les melons, les aubergines, les épices de toutes sortes. Ce n’est pas tout, ça prend des mains pour couper ces ingrédients et de la bonne grosseur svp. Si c’est trop gros, tu recommences. Et puis, c’est la lente cuisson. Vous souvenez-vous de la senteur qui se répandait dans toute la maison… j’en ai encore le goût. Je revois ma mère qui, après qu’on soit tous montés pour la nuit, emplissait les pots qui avaient été lavés et qui seront descendus « dans la cave » quand ils seront bien refroidis. Je vous parle de ma mère, mais il y avait mon père aussi qui devait se préparer pour la saison qui suivrait. Je pense au bois que l’on entrait dans le sous-sol. Toute la famille mettait la main à cette collaboration. On disait parfois « un bi » je ne sais comment écrire ce mot, mais il faisait partie de notre recueil de mots usuels pour cette corvée.

 

 

Mon père avait des « ouvrages » très importants afin de bien se préparer pour la saison froide comme rechausser la maison : il s’agissait de pelleter de la terre sur le tour de la maison environ un pied de haut, ce qui retardait le froid et empêchait le froid de geler les provisions que l’on avait entassées dans le sous-sol. Quand mon père avait une journée de beau temps, il se rendait au bois pour bûcher. Il fallait déjà penser au bois pour la prochaine saison. Ce bois prend un an à sécher et être prêt à chauffer pour l’année qui suivra. Il n’avait pas de scie mécanique et abattait les arbres à la hache. Couper un arbre de 15 pouces de diamètre à la hache, avez-vous idée de combien de coups de hache il fallait donner pour le jeter par terre? Pour faire une corde de bois, ça prenait au moins la journée et, pour l’hiver, il fallait en faire au moins 20 cordes. Mon père avait des bras bien musclés et je crois que, ce qui lui donnait du courage, c’était de penser que toute la famille serait au chaud durant la dure saison, neuf enfants et ma mère. Une anecdote qui me vient à l’esprit : il arrivait que, afin d’avoir des sous pour l’épicerie, mon père vende une ou deux cordes de bois au magasin du village pour la modique somme de 5,00$ la corde, livrée au village. Mon père ne demandait pas d’argent, mais achetait des vivres pour le prix du bois. Une fois, je suis allé avec lui pour cette livraison et, ensuite, faire une petite épicerie : ç’a pris environ 10 minutes et les 10$ de bois était dépensés et nous revenions à la maison avec deux sacs d’épicerie. Le tour était joué. Quel courage! On a beau dire que l’automne est une très belle saison, mais, en campagne, cela revêtait un aspect parfois assez contraignant. Mon père passait pas mal de temps dans les champs à labourer et à récolter les grains, les patates qui faisaient l’objet d’une autre corvée. Pensez, ramasser plus de 25 poches de patates. Arracher les carottes, les navets. Récolter le sarrasin et le faire moudre – la galette de sarrasin était un mets bien prisé. Quand il faisait un peu plus froid, on faisait boucherie: tuer le cochon et la vache qui ne donnaient plus assez de lait. Ne rien manquer pour la dure saison. Je n’oublie pas l’achat d’une poche de sucre, une poche de farine, de cassonade…

 

Du côté psychologique, voir arriver l’automne comportait des joies et souvent sa part d’inquiétudes, de stress… vous savez, penser à toute la famille souvent assez nombreuse. Je suis issu d’une famille de neuf enfants, mon père était l’aîné de 10 enfants et nous sommes 74 petits-enfants… Nos parents, vous comprenez, vivaient des automnes assez préoccupants. Ne pas oublier que, durant l’automne, les vaches donnaient moins de lait, car elles étaient enceintes et devaient accoucher au printemps. Donc, les paies de lait étaient très petites. Nos parents faisaient des miracles, afin que nous ne manquions de rien durant l’hiver. Voilà ce que l’automne me rappelle, j’ai vécu heureux et je réalise aujourd’hui ce que mes ancêtres ont fait pour moi et ma fratrie.

 

Jean Lavoie